Bientôt c’est beaucoup trop loin

Il y a 82 heures, on s’est vus, dans un café.

Sans vraiment prendre un vrai café parce que c’est même pas vrai qu’on peut toujours combattre le chaud par le chaud pis parce que, un café pour une jasette, c’est ça qu’le monde font quand y’ont trop peur de ce que pourrait leur faire dire l’alcool. Et une tasse devant soi, ça peut vraiment être pratique si jamais tu cherches quoi dire. Tu peux boire et chercher des mots en attendant.

Ça faisait longtemps qu’on s’était pas vus. Au point de pas trop savoir par où commencer pour répondre à la question « Comment ça va toi? » Faque j’ai fait comme d’habitude, j’ai dit plein d’affaires pour faire rire. Pis à travers deux ou trois niaiseries, j’ai dit un peu de sensible, un peu de touchant, un peu de moi. Ça faisait longtemps que je t’avais pas vue en vrai. Parce que sur Facebook, j’ai beau savoir c’que tu veux qu’on sache, c’est pas la vraie vie. J’me suis rappelé rapidement que j’aime ton sourire, pis ton rire, même s’il est un peu trop grave pour une aussi p’tite fille. Mais ça, j’te le dirai jamais. J’me suis aussi rapidement souvenu à quel point tu peux savoir qui je suis, même si normalement tu devrais pas tellement parce qu’en général les humains, c’est à force de se voir qu’ils finissent par se connaître. On s’est vus quoi, trois fois en un an?

J’sais pas comment tu fais. J’ai l’impression que tu brises en mille morceaux ma carapace juste en me regardant. J’suis d’ailleurs pas certain que tes lunettes fumées soient légales. Comme si elles donnaient des réponses sur moi que je connais même pas.

Tu le sais, l’écoute c’est pas ma force. J’suis un peu show off, je prends de la place pis je raconte toujours mille histoires. Mais y’a plein de secondes où j’t’ai écouté parler. Et j’aimerais dire que malgré ton sourire à faire craquer n’importe quel humain, j’te trouve encore plus belle par en-dedans. T’as c’te quelque chose-là qui pue le bonheur à plein nez. Tu serais game de sourire à quelqu’un qui te dit de pas belles choses juste parce que t’es comme ça toi, tu souris. Pis t’es heureuse de rien en particulier on dirait, j’sais même pas si t’as besoin d’une raison. C’est ça qui est beau, t’attends rien de la vie. Tu la prends comme elle est. Des fois salement conne. Des fois salement belle.

Avant toi, j’ai longtemps pensé que l’amitié entre un gars et une fille ça n’existait pas tant. Qu’il y a toujours un des deux qui attend un p’tit quelque chose, même s’il ne le dit à personne; pas même à son coeur. Que de l’amitié entre un gars pis une fille c’est du sexe qui n’a pas encore existé. Mais depuis que je connais ton existence, j’me rappelle la raison de mon bonheur. Tu m’as envoyé ça en plein face, un soir où rien n’allait, même si c’est pas ça que je voulais entendre. À ce moment-là. Pis grâce à toi, maintenant, je ne saurais entendre autre chose.

J’le sais qu’il y a quelqu’un dans ta vie parce que tu me l’as dit. Pis tu le sais que j’suis content pour toi, parce que j’te l’ai dit. Pis c’est sincère. Parce que tu mérites que quelqu’un te garoche un ouragan de beau dans les yeux pis fasse en sorte qu’on voit encore plus tes dents parfaites à force de sourire à la vie. À force de sourire à un homme que t’aime, pis qui t’aime.

Il y a 83 heures que je t’ai vu. Ou trois jours. C’est selon. Mais des fois peu importe la façon dont on compte le temps, la « prochaine fois » est déjà beaucoup trop courte et  » à bientôt » beaucoup trop loin. Parce que l’amitié entre un gars et une fille, ça peut être ça. Aussi.

[Source de l’image :  tokyo par Osamu Kaneko]

2 Comments

  • C. dit :

    J’ai partagé ton texte, David, car il me touche beaucoup. J’aurais presqu’écrit la même chose, en tant que fille à la place du gars, moins quelques détails. Merci, c’était très touchant.

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