Viens coller tes pieds gelés

Toi et moi, me semble que ça rimait vraiment bien.

Me semble qu’le nous qu’on fabriquait, à coups de c’est ça que j’veux dans ma vie, était beau. Même les journées où il ventait fort dans nos têtes. Même quand nos sourires étaient allergiques à notre bouche. Pis surtout lorsque le plus facile aurait été de fuir en courant dans un champ de fleurs et se perdre encore plus longtemps que toujours. On fuyait l’un vers l’autre parce que nous, on s’amenait des tu me fais du bien. On n’a jamais trop compris, pis c’est ça qui est pas évident. Faire le deuil d’un j’explique pas. Le deuil d’un t’as marqué ma vie pis toute l’existence me rappelle quelque chose de toi.

Tsé. C’est pas qu’on n’a pas tenté d’être comme tout le monde… On allait à l’épicerie. On pelletait les cinquante pieds de neige qui tombaient dehors. Je rangeais ta vaisselle. Tu achetais ma bière préférée. On écoutait le hockey. On allait à l’hôtel et au resto. On se chicanait. Mais y’avait jamais rien de normal pour nous deux dans tout ça.

À l’épicerie, on inventait des noms aux allées. Quand on pelletait, tu demandais qui avait décidé d’appeler ça un banc de neige, parce qu’à la hauteur qu’le banc avait, c’était un multi-logements de neige. Quand je rangeais ta vaisselle, j’y cachais un p’tit mot pour te dire que j’tenais à toi. On écoutait le hockey avec des thématiques de jogging. On inventait un amour qui n’existait nulle part, dans un hôtel qui nous a fait pelleter des nuages. Au resto, tu te trompais de couleur de vin. Pis du vin, on appelait ça du lait. Y’a pas deux autres personnes dans l’univers qui appellent le vin du lait. Drette que non. C’était toi. C’était nous

Mais j’te remercierai jamais assez de me l’avoir fait vivre. D’y avoir goûté pour vrai de vrai. D’avoir un nom pis un numéro de téléphone pour le prouver à ma tête, pis à mon coeur.

J’t’ai dit au moins mille fois que t’avais de belles mains. Y’avait du beau dans la couleur collée sur tes ongles et y’avait du précieux qui se garochait dans mes yeux quand tu me touchais, quand tu me frôlais, quand tes doigts prenaient les miens et qu’ils se chuchotaient on s’est enfin trouvés.

Quand j’me couchais, je pensais toujours à toi. J’sais pas si t’entendais les “Bonne nuit” que j’te disais? Des fois, j’faisais attention pour pas trop déborder de mon côté de lit mais c’est cave, parce que t’étais même pas là, à côté de moi. J’aurais aimé ça que tu viennes, des fois, coller tes pieds gelés sur moi. Ça sert même pu à rien que j’sois une vraie chaufferette humaine. J’ai chaud tout seul pis c’est plate.

J’sais pas si tu te souviens, on se textait toujours “bonne nuit”, le soir. J’sais pas non plus si tu sais c’est quoi d’attendre un bonne nuit de quelqu’un. Ça crée un manque qui dort jamais. Ça fait un vide qui se remplit pas. Pis ça fait que j’me garoche en malade sur mon cellulaire quand je l’entends vibrer.  Mon coeur fait quatre tours, comme s’il faisait une ride de montagnes russes sans s’attacher. Ça me prend sept essais pour faire mon nip et le débarrer parce que mes doigts ne veulent pas du tout aller là où mon cerveau leur dit d’aller. Parce qu’à chaque fois j’me dis que c’était peut-être toi, enfin.

Sache que si jamais, un soir, t’es dans ton lit et que tes yeux font pas dodo, chu juste là à côté de toi à te caresser les cheveux, comme j’aimais tant le faire. Pour t’endormir. Te faire du bien. Pis pas longtemps après, j’te donne encore le droit de mettre tes pieds gelés sur moi.

Viens geler mes jambes avec tes pieds. Parce que ça réchauffe mon dedans quand tu me colles.

[Source de l’image :  On Tiptoe par Maria Georgieva]

 

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