Ce soir, j’ai fait du ménage dans ma pièce double : correcte pour deux, mais maintenant trop grande pour moi. J’ai fait du ménage. Pas parce que c’était sale, mais parce que j’ai ramassé chaque parcelle de toi. Une à une. Ta montre, ton chargeur à cellulaire, ton linge, tes livres, j’en passe et ta brosse à dents. Symbole suprême que y’a quelqu’un dans ta vie. J’ai fait le tour de chaque meuble, chaque tablette, chaque recoin pour être sûre que tu n’aurais pas d’excuse pour revenir. Revenir dans ce lieu de crime où trop de souvenirs nous lient.
J’ai fait le ménage aussi pour faire du ménage dans ma tête. Pour que visuellement tu ne fasses plus partie de ma vie. Pour que je puisse encore contrôler au moins une chose parmi toutes celles qui m’échappent. Que demain matin je puisse me donner l’illusion que c’est réglé. Qu’en préparant ton stock au pied de ma porte, j’aurais aussi préparé le terrain. Que j’aurais « mis la table » et que je saurai maintenant quels mots enligner pour dire les bons mots. Ceux qui ne blessent pas. Ceux qui parlent au je. Ceux qui font que « c’est pas toi, mais c’est moi ».
En faisant le ménage, cela m’a permis d’anticiper la solitude à venir. J’ai pu imaginer c’est quoi ravoir les « tablettes du haut ». Imaginer c’est quoi ne plus te voir débarquer chez moi le soir. Envisager toutes les heures que contient une journée : 24 heures à moi toute seule le samedi ET le dimanche. Ravoir du temps à tuer en solitaire et non en duo. Essayer de penser à c’était quoi une vie « avant toi ». Voilà un autre événement qui s’inscrit sur ma ligne du temps amoureuse. Un autre petit deuil, une petite mort où je ne sais pas où tu figureras pour la suite, car inévitablement y’aura un « après toi ».
Ce soir donc, j’ai fait le ménage pour rapailler tout ton stock, mais véritablement, ce soir je te rends ton cœur. Je te le rends dans un piteux état, mais je ne peux faire autrement. Je ne peux être celle qui te le rend, le ramasse et te le recolle. Je peux seulement être celle qui va prendre soin du sien. Celle qui rarement va se faire égoïste, mais qui va prendre un temps pour penser sa tête et panser son cœur. Ce soir, je te rends ce cœur que tu m’as prêté pour quelques temps et que j’ai tenté du mieux que j’ai pu d’en prendre soin.
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