On s’était promis. On en avait parlé. On s’est promis que rien n’allait changer. On s’était promis qu’on ne donnerait jamais ce pouvoir à la vie. On s’est promis de toujours être là, no matter what. Que rien ne pourrait jamais nuire à notre relation, à notre amitié si solide, si douce, si belle qu’on s’était construite. On s’était dit qu’aucun amour ne viendrait contrecarrer ce lien si puissant qui nous avait unis. Ce lien qui nous avait pris par surprise, ce lien qu’on n’avait pas vu venir.
Au départ, tu m’avais trouvé trop casanière, trop impatiente. Mais les choses ont changé. On a évolué, on a appris, on s’est compris.
On était beaucoup l’un pour l’autre. Tu m’acceptais d’une façon que très peu de gens l’avaient fait auparavant. Je pouvais tout faire, tout dire, je pouvais être moi, tout simplement, complètement. Que je fasse la mou, que je pleure à chaudes larmes, que je ris à gorge déployée, que je chante à tue-tête une chanson que tu détestes, que je tape du pied pour qu’on écoute le film que j’ai choisi, que je dorme pendant que tu conduis, que je sacre en racontant une histoire qui vient trop me chercher… Rien, rien ne te dérangeait. Et plus encore : tout te plaisait. On était juste bien. On se comprenait sans avoir à s’expliquer. On avait tant de choses à vivre ensemble.
On savait que ce n’était pas fini, que nos âmes avaient encore beaucoup à vivre ensemble. Du moins, c’est ce que je pensais. Vraiment.
J’étais certaine que c’était pour la vie, ou certainement pour très, très longtemps. On avait tant partagé, on avait tellement grandi et appris ensemble. À tes côtés, je suis devenue une femme meilleure. Une femme plus douce, plus compréhensive. Une femme moins en colère, une femme qui sait s’excuser, dire je t’aime, je suis désolée. Une femme qui sait se déposer, prendre le temps, être, écouter.
Bien des discussions, bien des promesses. Des heures et des heures à échanger, à refaire le monde, à apprendre et à partager. Des heures d’une richesse et d’une beauté dignes d’une amitié en or, d’une amitié sans pareille.
Et pourtant…. Pourtant, tout ça a changé.
Et en une soirée, en une rencontre, déjà, notre destin venait de prendre une tout autre tournure.
Tu me racontais toutes tes rencontres (elles étaient nombreuses!). Mais pour elle, tu m’as seulement dit sa ville d’origine et qu’elle avait annulé votre premier rendez-vous. Pourtant, dès ce moment, j’ai su. J’ai su que c’était elle, j’ai su qu’elle allait prendre une grande place dans ta vie.
Ce que je n’avais pas compris, c’est que moi aussi, ma place allait changer. En fait, elle allait disparaître tout simplement. L’amour a débarqué dans ta vie, et j’ai pris le bord moi aussi.
Après deux semaines, tu me parlais de vivre avec elle. Tu n’étais plus sur la même planète. Je ne sais même pas sur laquelle tu te trouvais et tu te trouves toujours d’ailleurs.
Nos chemins venaient de se séparer. Tu avais des étoiles dans les yeux, la tête dans les nuages. Alors que j’avais de l’eau dans les miens.
J’aimerais ça, j’aimerais ça savoir que cette histoire est une exception. Qu’en temps normal, on tient nos promesses, que rien ne change, que la vie ne vient pas contrecarrer nos plans.
Mais en vérité, peut-on vraiment promettre? Peut-on vraiment jurer quoi que ce soit? Peut-on garantir patience, amour, acceptation, fidélité? Peut-on vraiment promettre que jamais un tsunami va débarquer et dévaster tout ce qui a été créé?
Ce serait si doux, si apaisant, si rassurant de savoir que oui, une promesse, c’est pour la vie. Que oui, on peut s’y fier. Oui, rien ne viendra changer nos plans si bien préparés.
On aime ça, les garanties. Ça rassure, ça apaise, ça fait du bien. Ça nous donne la fausse perception qu’on est à l’abri, que rien ne peut nous arriver. Après tout, on se l’était promis, non?
On veut des garanties, quitte à les payer. Mais au final, chaque fois qu’il y a un bris, oups… ça n’en faisait pas partie.
Je suis la première à vouloir y croire, à vouloir faire confiance, promettre, donner tout ce que j’ai.
Mais peut-on vraiment promettre?
Je commence sérieusement à en douter.
[Source de l’image: par auzza38]