J’avoue, je l’ai fait. Je me suis moulée aux désirs, à la volonté et à la façon de faire d’un homme. J’en fais l’aveu sans fierté, mais en toute humilité. Ce qui me gêne le plus, c’est de savoir que j’aurais été la première à condamner un homme ou une femme qui se serait oublié pour plaire. Comme quoi on n’a pas toujours conscience de nos propres mécanismes ou blocages; beaucoup plus facile de le voir chez les autres.
J’étais KO depuis deux jours. Pas un petit rhume là. Celui qui te change la face et qui donne envie aux gens de te flatter tellement tu fais pitié. Je feelais pour me lover, pour être blottie près de lui. Chaleur, douceur. C’est tout ce que je voulais.
Je lui ai écrit à la blague que j’étais KO et que c’était un peu de sa faute, puisqu’il m’avait fait coucher les fesses à l’air. On a rigolé un peu, je lui ai demandé s’il allait prendre soin de moi. Il m’a offert un massage à l’eucalyptus. J’ai répondu qu’un bain chaud et me faire flatter la tête, je serais déjà bien heureuse. Il a dit qu’il aimerait beaucoup ça et m’a demandé si je travaillais le lendemain. J’ai répondu que oui, mais que je finissais tôt. Aucune réponse, fin de la discussion. Bon, ce n’est pas grave. Il texte pratiquement pas, il déteste ça.
J’ai donc pensé qu’il voulait me voir cette journée-là ou le lendemain. Mais non, pas de nouvelles. J’ai su tard en fin de journée qu’il n’était pas disponible de la fin de semaine. J’ai dû mal comprendre… oublier qu’il faut seulement se fier aux gestes, non aux paroles. Tsé des fois, quand on veut espérer… Je lui ai souhaité une bonne fin de semaine, tout en faisant attention de ne pas laisser transparaître ma déception. Aucune réponse…
Quelques jours plus tard, toujours sans nouvelles, je me relève les manches et je reprends les devants (oui, il m’aurait fallu apprendre la différence entre persévérance et acharnement. Quand on veut donc y croire…).
Sans revenir sur les jours passés, il me dit qu’il trouve que l’énergie est très bonne entre nous. Il blague, n’est-ce pas? Non. Il est sérieux. Il me dit que le genre de relation qu’on a, c’est parfaitement son genre.
Et c’est là que j’ai compris.
Sans le vouloir, je me suis moulée à son style à lui, à sa façon de faire, mettant de côté mes envies, mes besoins. J’ai laissé aller. Il voulait prendre son temps, ne pas se presser. Désireuse de ne pas le brusquer (ou lui faire peur), je me suis moulée à son beat à lui, oubliant le mien au passage.
J’ai laissé aller sans m’arrêter, sans me demander ce qui moi, me convenait. Ce qui moi, me faisait envie.
Moi, j’aime qu’on se donne des nouvelles, qu’on soit là l’un pour l’autre, qu’on fasse signe de vie. Pas besoin de communiquer à outrance, pas besoin de longues déclarations d’amour. Juste un « je suis là ». Juste un « je pense à toi ». Juste un petit signe de vie qui fait savoir à l’autre qu’on ne l’a pas oublié.
C’était trop demandé. Trop pour lui, trop pour le moment. Ça ne fait pas de lui une mauvaise personne, ça fait de lui la mauvaise personne pour moi.
Par peur ou peut-être par manque d’intérêt (qui sait?), il ne pouvait pas donner plus que ça. Il était bien dans notre réalité alors que ses longs silences créaient en moi des zones d’inconfort et d’insécurité. Le comprendre fut accompagné d’une déception, certes. Mais ce fut surtout accompagné d’une compréhension et d’un soulagement.
Je n’aurais pas pu continuer ni être heureuse dans une relation où je m’oublie pour ne pas déranger. Il n’y a rien de plus malsain que ne pas s’écouter.
Ce n’est pas possible que mon homme, celui avec qui je ferai ma vie, celui avec qui je serai heureuse de me coucher le soir et comblée de retrouver au matin, soit un homme qui n’a rien à faire que je n’aille pas bien. Ce n’est pas possible que mon homme ne soit pas empathique, attentif, attentionné. Ce n’est pas possible qu’il vive sur les freins, qu’il n’ait jamais envie de parler, d’échanger, d’être présent.
Je me suis moulée à cet homme pour ne pas le brusquer et heureusement, je suis sortie du moule à temps.
Il était beau, talentueux, ambitieux, intelligent, charmant. Mais ce n’était pas le mien.
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