Pause

J’avais besoin d’un moment, une pause de ma vie, qui va très vite depuis un an. En douze mois, j’ai emménagé chez mon chum, on s’est mariés, j’ai décroché un nouvel emploi… C’était trop pour mon corps. J’ai appuyé sur tous les boutons PAUSE que j’ai vus, certaine qu’un d’entre eux allait arrêter ma tornade.

Bagages pastel en mains, je suis partie. Pendant deux nuits, à trois heures d’autobus de chez moi, j’allais prendre du temps pour lire, écrire et méditer. Il le fallait. Arrivée là-bas, j’ai senti que j’allais déjà mieux. J’ai chanté à tue-tête dans la rue, j’avais envie d’être la folle du village. J’ai dansé en sous-vêtements – ma pudeur est disparue dans cet appartement qui ne me reverrait jamais – bu des bulles pour célébrer mon année, mangé juste des pâtisseries pour déjeuner. J’ai bu encore des bulles pour célébrer toutes mes années, tant qu’à faire. Je me sentais libre. J’ai même invité Alexandre Jardin à souper. En tête à tête, il me lisait Juste une fois du bout des lèvres et j’avais la chair de poule. Je me rappelais Fanfan, qui m’avait convaincue d’aimer, au début.

J’étais une princesse, avec la plus immense robe de tulle rose. Je m’imaginais découverte à nouveau, aimée pour la première fois, déshabillée par tous les princes de Disney. Je voulais écrire des lettres d’amour, encore, et les plier en mille. Je voulais embrasser pour la première fois la joue trop chaude de mon premier kick, en maternelle. J’avais beaucoup de souvenirs amoureux, dans cette ville. Je cherchais toutes mes premières fois dans les rues, sans jamais arriver à les refaire exactement, comme on ne se souvient pas vraiment de ses rêves.

J’étais aventurière, avant. Je mettais mon cœur sur la table au premier jeu, je me foutais des conséquences de mes actes pour que mon corps tremble, enfin. Je voulais vivre, à tout prix – me serais-je assagie ? Cette quête, c’était celle de l’amour. C’était la chasse à l’amour qui me faisait faire tous les temps, à chaque occasion, qui m’empêchait de dormir, qui me faisait trop manger ou pas assez, qui me faisait teindre mes cheveux de toutes les couleurs, en me disant qu’il en existait bien une qui attirerait l’œil de mon prince.

À mon retour, j’ai vu les yeux de mon beau grand chum qui m’attendait au métro et j’ai senti quelque chose se briser dans mon corps. Un sentiment de peine d’amour qui scie en deux, un éclair qui traverse l’âme. Il avait une nouvelle ride près de l’œil gauche et je ne l’avais pas vue naître. Je m’en voulais. En pensant prendre du temps pour moi, j’ai presque oublié qu’il me laisse être ce que je veux, quand je veux, qu’il ne me juge jamais, même quand j’ouvre la porte de la maison en soupirant. Même quand je laisse tomber les sacs d’épicerie trop lourds comme une enfant découragée qui revient de l’école.

Trouver un homme qui laisse des mots d’amour dans le miroir de la salle de bain, qui ne bronche pas lorsque je change les postes de radio frénétiquement, qui m’a aidée à raser mes cheveux quand je me suis sentie comme Britney Spears,

Ça vaut bien toutes les pauses de la Terre.

[Source de l’image: Airplane Flight Wing to Travel on Vacation par epSos.de]

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