Retourner au secondaire

Je suis retournée à mon école secondaire cette semaine. Après dix ans, pour fêter ça et se revoir un peu. Les jours avant, j’essayais de me rappeler les visages de ceux avec qui j’ai ri, pendant les cinq longues années passées ensemble. Parce qu’on va se le dire : le secondaire est la période la plus longue de notre vie. En tout cas, moi, j’ai jamais trouvé le temps aussi long qu’à cette époque.

Long parce que difficile, en plein bouillonnement d’hormones et d’essais-erreurs de personnalité; plein de questionnements existentiels et de quêtes amoureuses qui, quand j’y repense, avaient beaucoup plus des airs de série B que d’Hollywood. Je me questionnais sur ma maturité acquise au fil du temps. Je me suis même félicitée d’être devenue qui je suis, la confiance gonflée à bloc, juste après la crise d’angoisse concernant les vêtements que j’allais porter pour les grandes retrouvailles.

Pourtant, nous étions pareils. Je ne suis pas une amoureuse différente de celle que j’étais en 2006. J’ai toujours aimé comme si c’était la dernière seconde avant de mourir. J’ai toujours voulu être amoureuse pour de vrai, au complet. Ne plus m’appartenir, ne plus avoir à choisir, donner mon être tout entier à quelqu’un d’autre, comme pour m’en débarrasser. J’ai tellement souhaité l’amour que maintenant que je l’ai trouvé, en me mariant pis toute, j’ai pensé avoir gagné quelque chose. Je me disais qu’au moins, à mes retrouvailles du secondaire, j’allais avoir l’air d’être parvenue à une certaine paix intérieure. Finalement, la fille qui cherchait l’amour l’aurait trouvé.

Cette semaine, j’ai revu des gens qui m’ont vue aimer tout croche et ça m’a fait beaucoup rire. Toute la pression que je m’étais mise sur les épaules, à cause de la peur du jugement des autres, n’existait plus. J’ai vu les visages de mes amis d’avant, j’ai crié beaucoup, je me suis exclamée chaque fois que quelqu’un entrait dans la pièce où nous étions, fébriles. J’ai tellement ri.

Tout le monde voulait savoir ce que tout le monde est devenu, leur travail, leurs voyages, leurs enfants. Moi, je ne posais qu’une seule question : « Es-tu heureux? ». J’écoutais les réponses attentivement, comme une petite fille à qui on raconte une histoire de princesses. C’est la seule chose que je voulais savoir, comme pour m’assurer que ceux qui, comme moi, avaient peut-être trouvé le temps long, étaient maintenant heureux. En général, ils le sont. Du moins, c’est ce qu’ils m’ont dit.

On ne change pas tant que ça. On est des versions améliorées des ados qu’on était. Pis c’est correct.

 

[Source de l’image: Pixabay]

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